Jardin thérapeutique et autisme

Le jardin peut être l’occasion de déployer une offre de soins efficaces à destination de populations souffrant de troubles du spectre autistique (TSA). Jardin thérapeutique et autisme, une rencontre riche d’opportunités pour la santé et le bien-être.

Les travaux de l’équipe de Cynthia Woo à l’Université de Irvine en Californie ont démontré l’impact d’un environnement enrichi conçu à destination de d’enfants autistes. Des perspectives de transposition au jardin thérapeutique et autisme.

jardin thérapeutique et autisme

Ses publications en 2015 ont mis en évidence un impact favorable sur l’amélioration des réponses à des tests de QI, une baisse des réactions atypiques suite à des stimulations externes et une meilleure aptitude à la formulation  et la communication.

Les objectifs d’un jardin pour autistes (TSA)

Nos équipes se sont efforcées de concevoir dans l’espace de jardins implantés dans des institutions médico-sociales (FAM, MAS) de concevoir des modules d’enrichissement adaptés. Il s’agit afin de prolonger une offre de soin dans la vie quotidienne. Les objectifs retenus dans ces efforts de conception concernent :

  • troubles du comportement
  • difficultés de langage
  • respect des consignes
  • communication avec autrui

Jardin thérapeutique et autisme: L’architecture 

Les jardins permettent de décliner une diversité d’espaces se succédant le long d’allées. Ces allées ont généralement des formes sinueuses favorisant la découverte et la formation d’une atmosphère rassurante et stimulante au sein d’alvéoles végétales bienveillantes.

Ici le jardin raconte des histoires rassurantes, la stimulation sensorielle n’est pas confondue avec sur-stimulation. La diversité des couleurs du végétal aspire à l’harmonie en évitant des changements de tonalité trop forte.  Les profils paysagers s’efforcent d’offrir une continuité dans l’horizon sans suggérer une sensation d’enfermement.

Jardin thérapeutique et autisme: Conception

La conception du jardin sera centrée sur les besoins et les fragilités de la population accueillie. Ceci en gardant à l’esprit que cette population va évoluer avec le temps, tant par l’accueil de nouveaux résidents que par le vieillissement des présents.

Il convient pour l’apprécier de la façon la plus juste de procéder à un diagnostic multi-dimensionnel  des déficiences, sensibilités et capacités :

Domaine socio-émotionnel

  • Troubles du comportement
  • Interactions sociales
  • Attention
  • Langage expression
  • Langage compréhension

Perception sensorielle & émotionnelle

  • Visuelle
  • Auditive
  • Olfactive
  • Gustative
  • Douleur physique
  • Douleur psychique

Trouble cognitif

  • Orientation spatiale
  • Perception temporelle
  • Interactions causes – effets
  • Perception des objets
  • Mémoire procédurale
  • Estime / perception de soi

 Psychomotricité

  • Marche
  • Coordination
  • Conscience psycho-corporelle
  • Tonus
  • Équilibre
  • Motricité fine/globale
  • Sensation vestibulaire

L’objectif de ce diagnostic est de recueillir les principales attentes des professionnels sur les missions potentielles du jardin enrichi. Sachant que ces objectifs pourront être mis en œuvre de façon différenciée dans les espaces disponibles sur l’établissement concerné. Il pourra s’agir d’espaces communs ou d’espaces privatifs, comme c’est souvent le cas dans les FAM et MAS qui opèrent sur un principe de maisonnées.

L’autisme est l’un des domaines où l’environnement enrichi a déjà produit des travaux de recherches probants.

 

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Jardin thérapeutique et handicap

O Ubi Campi a construit une démarche d’expertise et d’écoute au service des différentes formes de handicaps. Jardin thérapeutique et handicap. La conception en MAS et FAM se décline sur une palette d’offres très large. Quelles perspectives pour Jardin thérapeutique et handicap?
D’autres travaux ont fait l’objet de publications antérieures mais nous ont poussé à aller plus loin.

Pour être thérapeutique, le jardin à destination de personnes porteuses de handicaps doit s’ajuster aux formes de handicaps et se fixer des objectifs adaptés et pour lesquels le jardin peut avoir un impact positif.

Jardin thérapeutique et handicap: les enjeux

Il doit avant tout être un espace de liberté et de bien-être, sortant du cadre contraint de la vie en collectivité, à l’extérieur des murs, des couloirs, le jardin offre une respiration bienveillante dans le rythme quotidien. Suivant les populations accueillies, leur motricité et leur déficience intellectuelle, le jardin devra ajuster une palette d’offres diversifiées.

Pour certains résidents, la fréquentation du jardin ne pourra se faire qu’accompagnée par des professionnels de santé, alors que pour d’autres son usage en accès libre sera tout à fait possible.

La notion d’invitation permanente est un élément important pour ce jardin afin qu’il présente depuis tous les points où il est possible de l’apercevoir, une sollicitation de la curiosité, du plaisir, de la gourmandise et du bien-être.

Un jardin qui raconte une histoire

O Ubi Campi a beaucoup travaillé la conception de la dimension paysagère de ses jardins thérapeutiques. Ils doivent laisser une large place à la nature. Mais ils doivent parfaitement maîtrisés la sécurité et l’ergonomie qu’ils garantissent aux résidents. Ces jardins doivent naturellement raconter une histoire de par leur architecture, leur organisation spatiale, leur couverture et palette végétale. En permettant une bonne lisibilité spatiale, tout en offrant des espaces différentiés d’intimité et d’harmonie, ce jardin facilite la transition d’un spectateur passif à l’entrée du jardin vers un acteur pro-actif participant à son évolution.

La combinaison de couvre-sol, de vivaces, de graminées, d’arbustes et d’arbres accompagnera en douceur cette progression dans l’espace.

L’amplification de la stimulation sensorielle

Ce que l’on perçoit dans un jardin, n’est plus reçu aussi pleinement lorsque l’on souffre de pertes auditives, olfactives, visuelles ou gustatives. L’utilisation de simulateurs sensoriels a permis à notre bureau d’études de revoir complètement les règles qui présidaient à la conception habituelle d’un jardin.

Les profils de la végétation, les contrastes, l’organisation spatiale, les émissions sonores, le choix, la séparation et la hauteur des plantes aromatiques ont été revus afin de permettre aux résidents d’en percevoir les nuances.

La valorisation de cette sensorialité permettra à chacun d’entrer en connexion avec l’esprit du lieu, d’être en empathie avec son environnement et de favoriser le lâcher prise.

Jardin thérapeutique et handicap: les missions thérapeutiques

Le jardin pourra offrir une large palette en valorisant une dimension ludique, de solutions thérapeutiques adaptées aux enjeux des résidents. Bien souvent, la prise en charge des troubles du comportement s’est affirmée comme un objectif important et démontrant grâce aux aménagements spécifiques développés par O Ubi Campi d’une grande efficacité. Une large gamme de modules d’enrichissement du jardin a été conçue pour les différentes formes de handicap. Ces modules visent de façon spécifique la prise en charge de:

Jardin thérapeutique et handicap

  • les troubles cognitifs (orientation temporo-spatiale, rythme circadien, mémoire sémantique, procédurale, séquençage…)
  • les troubles du comportement (stress, anxiété, agressivité)
  • le respect des consignes
  • les troubles de la communication
  • la capacité d’interaction avec un tiers
  • la concentration
  • l’estime de soi
  • l’aphasie
  • l’apraxie
  • la psychomotricité (membres supérieurs et inférieurs)
  • les troubles du sommeil

Jardin thérapeutique et handicap: quel enrichissement possible?

En effet, ces différents modules ont été développés en collaboration avec une équipe de professionnels de santé. Ils ont été testés dans des phases pilotes sur une population de personnes porteuses de handicaps diversifiée notamment :

  • enfants, jeunes adultes, adultes, adultes âgés
  • déficients intellectuels
  • handicap moteur

Les modules ont été mesurés sur les critères suivants :

  • appropriation
  • efficacité sur la cible thérapeutique visée (mesurable sur des échelles objectives)
  • esthétique dans le jardin
  • seuls les modules qui répondaient de façon satisfaisante sur ces trois critères ont été conservés, les autres ont été soient revus, modifiés pour satisfaire à nos critères de sélection, ou éliminés.

Chacun des aménagements conçus pour ces différents objectifs et préserveront la dimension naturelle, s’inscrivant dans l’espace du jardin comme s’ils y avaient poussé avec lui.

Jardin thérapeutique et handicap: le lien social et inter-générationnel

Enfin, le jardin thérapeutique pour des personnes handicapées est l’occasion de renforcer le lien social. C’est offrir une expérience positive du lien social. Suivant l’espace disponible dans le jardin et les populations accueillies ces espaces de rencontres seront aménagés.  Soit à 2 ou 3 dans un cocon végétal, à 5 ou 10 autour d’un atelier ludique et plus nombreux encore sur un terrain de jeu ou dans un amphithéâtre végétal.

Ces rencontres seront une occasion d’échanges et d’interaction apaisée avec les autres résidents, mais aussi les familles, les aidants et le personnel soignant.

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Jardin thérapeutique unité Alzheimer

Comment concevoir et quelles priorités donner à un jardin thérapeutique unité Alzheimer?

Les patients qui résident dans des unités spécialisées appelées suivant les établissements (généralement EHPAD):

  • Unité Alzheimer ou Unité de vie Alzheimer (UVA)
  • Unité protégée (UP) ou unité de vie protégée (UVP)
  • Cantou

présentent généralement un profil particulier, lequel évolue également avec le temps. Il ne serait pas approprié de décrire un profil type d’un résident en Unité Alzheimer. Chaque personne en fonction de son parcours de vie, de sa pathologie et et du stade d’évolution neuro-dégénératif sera différente.

On reconnait généralement 7 stades évolutifs de la maladie depuis le stade 1 (aucune déficience) au stade 7 (déficit cognitif très sévère). On les regroupe également en 3 groupes majeurs : stades précoce, avancé ou sévère

Jardin thérapeutique unité Alzheimer: S’adapter à l’évolution de la maladie

En pratique, on retrouvera dans ces unités spécialisées des patients des stades avancés et sévères. Cela dépendra principalement de la population générale présente dans l’établissement. Les unités Alzheimer accueillent des pathologies assimilées telles que les démences fronto-temporales, vasculaires cérébrales, parkinsonniennes mais aussi des syndromes de korsakoff.

La maladie d’Alzheimer représentant souvent le plus grand nombre de sujets. Cela a justifié cette appellation – laquelle est régulièrement remise en cause pour son effet stigmatisant.

Les recommandations

Si les patients que l’on accueille dans ces unités n’ont pas un profil homogène, la configuration, l’architecture, mais aussi la pratique des soins n’est pas identique suivant les EHPAD. La Haute Autorité de Santé (HAS) publie régulièrement des guides et cahiers des charges relativement aux bonnes pratiques à mettre en oeuvre.

Dans certains établissements, c’est le niveau de sécurité pour les résidents qui est positionné en priorité avec une préoccupation majeure de limiter les fugues, dans d’autres établissements, la liberté des résidents est placée au-dessus de l’objectif sécuritaire, et un accent particulier est apporté sur le développement de la pratique des soins.

Faut-il développer les unités Alzheimer?

Il serait difficile et maladroit de tenter d’en donner une classification formelle, sachant que le rôle principal adopté par les soignants se concentre sur l’accompagnement des résidents. Certains vont développer avec le temps des troubles du comportement alors que d’autres évolueront vers un profil aphasique et apraxique.

Ce qui importe dans la conception et l’animation d’un jardin enrichi dans une unité Alzheimer, c’est de l’adapter au profil général des résidents et d’y anticiper les évolutions potentielles.

Les caractéristiques d’un jardin thérapeutique enrichi en Unité Alzheimer

Jardin thérapeutique en unité alzheimer

Il conviendra de dire en préambule que le jardin dans une unité Alzheimer, devra être conçu avec la même démarche que pour les autres pathologies. C’est à dire en plaçant le patient au coeur du jardin afin qu’il se l’approprie le mieux possible et qu’il en tire les meilleurs bénéfices. Tant du point de vue de sa qualité de vie que de sa santé.

Bien évidemment, les patients Alzheimer (ou troubles associés) présenteront un certain nombre de caractéristiques communes – qui pourront servir de fil conducteur à l’agencement du jardin . Ceci notamment liées à leur mobilité et leur capacité d’orientation spatiale.

Bien souvent, les espaces prévus par les architectes des EHPAD pour le jardin des UVP, sont de taille réduite.Voire disposés dans un patio fermé. L’accès au jardin plus ouvert de l’EHPAD est malaisé, compte tenu de la présence de portes sécurisées.

Dans la mesure du possible, notre recommandation serait de faciliter l’accessibilité pour les résidents de ces unités spécialisées vers le jardin commun ou « général » de l’EHPAD. Il convient d’aménager ce jardin avec un enrichissement adapté pour des patients Alzheimer.

Jardin thérapeutique unité Alzheimer: L’architecture paysagère

Il conviendra de former des allées en gérant en même temps une bonne perception spatiale de l’ensemble du jardin. Depuis son point d’entrée, tout en aménageant des espaces différenciés dans leur atmosphère et leur couverture végétale. Préserver la sensation de découverte est un élément important de la circulation dans le jardin.

L’accessibilité

Les résidents de ces unités présentent fréquemment une bonne aptitude à la marche. Il faut l’encourager, tout en veillant à aménager des points de repos, à limiter les pentes à 5% voire si possible 3%. Le nombre de personnes circulant en fauteuil n’est pas toujours très élevé. Si bien que l’on pourra limiter la largeur des allées à 110 – 120, plutôt que 130-150.

Ceci préservera la sensation de chemin de jardin, et en limitera le coût par la diminution des surfaces nécessitant un revêtement.

Il importe que ce revêtement soit avec une finition dure plutôt qu’un matériau souple, ou instable. Ceci vaudra notamment pour les parkinsoniens pour qui  la sensation vestibulaire est altérée. Par exemple, un revêtement en béton sablé avec une légère coloration rose ou jaune.  Limiter les reflets du soleil sur un sol trop clair, pourra constituer une solution appréciée.

La palette végétale

Le choix de la palette végétale devra favoriser une lecture claire de la distribution des différents espaces. Cela concernera notamment les profils, le port végétal et les couleurs tant du feuillage que des inflorescences.

Pour des raisons de sécurité évidente, on éliminera tous les végétaux présentant une toxicité. Que ce soit dans les racines, le feuillage, les épines, les baies, les fruits ou les fleurs…. en particulier parce que nous avons affaire ici à des sujets susceptibles de porter à la bouche ce qu’ils peuvent cueillir.

L’évolution de la maladie favorise fréquemment le repli sur soi des patients. Il conviendra d’aménager le jardin de façon à encourager le lien social.

Jardin thérapeutique unité Alzheimer: l’enrichissement thérapeutique

En fonction du stade d’évolution des pathologies neuro-cognitives, il importe d’adapter les modules d’enrichissement. Ce qui conviendra à des patients à un stade avancé, ne fonctionnera plus à un stade sévère.

Les principales cibles thérapeutiques envisagées concerneront :

  • pertes cognitifs
  • les troubles du comportement
  • dépression et estime de soi
  • l’autonomie fonctionnelle

Nos équipes poursuivent leurs efforts de recherche de solutions pertinentes pour prendre en charge ces différents objectifs.

Le jardin présenté par O Ubi Campi à l’occasion de la finale du Concours du Carré des Jardiniers à Lyon en décembre 2017 rassemblait de nombreux modules adaptés pour des Unités « Alzheimer ».

Jardin thérapeutique en unité Alzheimer

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Jardin thérapeutique en EHPAD

En gériatrie, le jardin peut devenir un véritable outil de bien-être et de soins. Le jardin thérapeutique en EHPAD a démontré son efficacité sur la perte d’autonomie fonctionnelle, les troubles cognitifs et du comportement

Le jardin thérapeutique en EHPAD doit révéler de nombreux défis. Solliciter des personnes âgées en perte d’autonomie à le fréquenter malgré leur fragilité, favoriser l’appropriation du jardin par le résident, amplifier sa stimulation sensorielle et enrichir l’espace de missions thérapeutiques multiples.

L’invitation permanente

Le défi relevé avec succès par O Ubi Campi a consisté à concevoir un jardin thérapeutique qui soit régulièrement fréquenté par un grand nombre de résidents en EHPAD. Le jardin se doit d’être un espace où la sécurité et l’ergonomie sont parfaitement adaptées aux fragilités et à la vulnérabilité des résidents. Ces exigences couvrent autant le choix de la palette végétale éliminant des essences toxiques ou allergènes, la protection des zones à risques (étang, cours d’eau, ravins, escarpement…), la prévention des fugues, la nature du revêtement des allées, le choix des matériaux etc.

Pour encourager la fréquentation du jardin, il est important d’en ajuster l’architecture, la répartition spatiale, la signalétique, l’esthétique des massifs ornementaux qui doivent apporter une variation visuelle au rythme des saisons. Notre expérience de 10 années, nos évaluations statistiques ont permis d’identifier les solutions favorisant la plus grande fréquentation.

L’appropriation du jardin enrichi par le sujet âgé

L’appropriation du jardin est un objectif clé de notre engagement. Depuis la conception qui est menée avec une approche de co-construction, jusqu’à l’animation au quotidien, le résident est régulièrement impliqué. Adapter l’espace afin que le résident de spectateur passif devienne progressivement acteur du jardin thérapeutique, nécessite une attention particulière.  L’intimité et la bienveillance, l’harmonie et l’ergonomie combinées ont permis progressivement d’augmenter le temps de séjour du résident en autonomie dans le jardin. Il établit une relation personnelle avec le lieu, alternant entre le ludique, la curiosité, le bien-être et l’apaisement.

Jardin thérapeutique en EHPAD

Chaque détail a été évalué pour se placer à sa portée:  l’évolution du végétal au rythme des saisons, la disposition des points de repos, la distribution des couleurs, l’ombre et la fraîcheur au cours de l’été.

Cette appropriation est mesurée suivant des grilles de lecture qui facilitent l’amélioration continue.

Jardin thérapeutique en EHPAD: L’amplification de la stimulation sensorielle

Ce que l’on perçoit dans un jardin, n’est plus reçu aussi pleinement lorsque l’on souffre de pertes auditives, olfactives, visuelles ou gustatives. L’utilisation de simulateurs de vieillissement a permis à notre bureau d’études de revoir complètement les règles qui présidaient à la conception habituelle d’un jardin.

Les profils de la végétation, les contrastes, l’organisation spatiale, les émissions sonores, le choix, la séparation et la hauteur des plantes aromatiques ont été revus afin de permettre aux résidents d’en percevoir les nuances.

La valorisation de cette sensorialité permettra à chacun d’entrer en connexion avec l’esprit du lieu, d’être en empathie avec son environnement et de favoriser le lâcher prise.

Jardin thérapeutique en EHPAD: les missions

En fonction du poids des différentes pathologies et troubles observés parmi  la population de l’établissement, il sera possible d’orienter les axes thérapeutiques prioritaires à mettre en oeuvre dans le jardin. L’expertise d’O Ubi Campi  s’est construite en travaillant particulièrement auprès de patients atteints de la maladie d’Alzheimer ou troubles associés (MATA).

Une démarche fondée sur la validation par la preuve a guidé nos travaux de recherches. La conduite d’essais cliniques longitudinales et contrôlées a permis de faire progresser la perception du potentiel thérapeutique du jardin lorsqu’il est correctement enrichi.

C’est ainsi que nous avons conçu des modules thérapeutiques différents suivant qu’il s’agissait de prendre en charge des troubles du sommeil, des troubles cognitifs, du comportement, de l’humeur, mais aussi la marche et l’équilibre, la prévention des chutes ou la perte d’autonomie fonctionnelle.

O Ubi Campi se propose d’accompagner les EHPAD disposant d’un jardin thérapeutique par un protocole d’évaluation personnalisé qui permet d’en apprécier l’efficacité. Ce protocole de plus va fédérer l’attention et l’appropriation du jardin par les résidents, les soignants, les aidants et les familles.

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Synthèse sur l’environnement enrichi

L’environnement enrichi est un concept décrit depuis plus de 70 ans, mais c’est avant tout un outil de recherches. Une Synthèse sur l’environnement enrichi permet d’en offrir un aperçu. Nous nous sommes efforcés de le valoriser dans une démarche de recherche translationnelle.
Pour sa recherche sur les jardins thérapeutiques,O Ubi Campi s’est inspiré des travaux initiés par Donald Hebb en 1946 sur la notion d’environnement enrichi et qui a été le point de départ de nombreuses  publications scientifiques

Résumé des recherches sur l’environnement enrichi

C’est en s’inspirant et s’adossant à la multitude des travaux de recherche qui ont été mis en œuvre autour de la notion d’enrichissement de l’environnement – baptisé dès les années 60 – environnement enrichi ou (car les travaux fondateurs ont été conduits par des anglo-saxons).

Les premières publications sur le sujet pourraient sans équivoque être attribuées à Donald O. Hebb. Donald Hebb est un psychologue et neuropsychologue canadien qui a travaillé notamment dans les sciences cognitives en fournissant conception biologique de la psychologie. Une conception qu’il développe dans son livre « The Organization of Behaviour : A Neuropsychological Theory » qui sera publié en 1949.

Synthèse sur l’environnement enrichi: Les travaux de D. Hebb

L’innovation des travaux de D.Hebb est double, d’une part il porte une évaluation sur l’impact de l’environnement sur le comportement, d’autre part, il met en évidence l’impact de cet environnement sur les capacités cognitives d’une population de souris.

Hebb est l’auteur de multiples expériences qu’il a conduites et qui permettent de le placer comme une référence dans les neurosciences cognitives et l’intelligence artificielle. Il démontre en 1947 que des souris élevées comme des animaux domestiques résolvent mieux les problèmes et les exercices qui leurs sont soumis qu’un autre groupe de souris élevé en cage. Il souligne en particulier l’impact d’un environnement favorable pendant les 3 premières semaines de vie des souris sur leur comportement à l’âge adulte. Ses travaux déclinés dans de nombreuses situations se focalisent essentiellement sur une analyse observationnelle. En neuropsychologue, Hebb se passionna pour la compréhension de la réaction comportementale d’un animal soumis à des environnements plus ou moins stimulants.

Chez les rongeurs, l’exercice physique volontaire en roue d’activité a des effets bénéfiques sur la neurogénèse adulte hippocampique. En effet, des souris ayant accès à une roue d’activité montrent une augmentation de la prolifération cellulaire, de la survie neuronale et une accélération de la maturation neuronale, via une augmentation du nombre d’épines dendritiques.

Synthèse sur l'environnement enrichi

L’enrichissement signifiant suivant les protocoles, la vie en collectivité avec d’autres congénères, une stimulation sensorielle particulière associée à de la lumière, des odeurs… mais aussi des exercices plus ou moins complexes soit pour parvenir à boire ou à s’alimenter.

C’est plus tard et notamment au cours des années 60, avec l’équipe de chercheurs américains composée de Bennett, Diamond, Krech & Rosenzweig, que la notion d’environnement enrichi révèle son potentiel.

Comparant différents types d’environnements, les uns appauvris, les autres enrichis, des expériences répétées ont permis d’établir une véritable correspondance entre l’enrichissement de l’environnement et le volume et l‘épaisseur du cortex cérébral.

Synthèse sur l’environnement enrichi: De nombreuses expériences sur le modèle murin

L’une des expériences phare conduite par l’équipe du laboratoire américain de l’Institut national de Santé mentale (National Institute of Mental Health), comparent une exposition pendant une durée d’un mois d’un groupe de rat à ce qu’ils appellent ECT (Environment complexity & Training) c’est-à-dire un environnement complexe et stimulant, d’un autre groupe de rat placé en IC (Isolated conditions) autrement dit à l’isolement.

Une exposition est programmée par séquence de 30 minutes par jour pour le groupe ECT, dans un espace stimulant les fonctions cognitives dans lequel des croquettes sucrées étaient distribuées à chaque succès dans la résolution d’un problème. La composition de cet espace étant modifié chaque jour. Pendant ce temps, le groupe IC restait dans une cage aux trois côtés fermés et avec un accès non restrictif à la nourriture et à l’eau.

Ce lien établi, a donné l’occasion de la publication d’un article en 1964, intitulé « l’effet d’un environnement enrichi sur l’histologie du cortex cérébral de rats », qui furent après les travaux de Hebb, le point de départ de nombreuses recherches sur le concept d’environnement enrichi – principalement nommé enriched environment, car l’essentiel des travaux et publications qui suivirent furent d’origine anglo-saxone.

Cette observation constitua une forme de révélation car il était acquis jusque-là que le poids et la structure du cerveau étaient stables et insensibles à toute forme d’influence du milieu.

Synthèse sur l’environnement enrichi: des recherches conduites par des neurobiologistes et des sociologues

L’idée que l’environnement puisse avoir un effet sur le comportement ou les capacités cognitives était une donnée globalement acquise… soutenue par les différentes observations faites sur des individus en fonction du milieu dont ils étaient originaires. Cela participait et renforçait les théories associées à l’éducation. Par contre que le cerveau de souris puisse s’accroître et se ramifier en fonction de l’exposition à l’environnement, et qu’il contribue à en modifier la taille et la structure ouvrait un univers de curiosité qui fut ensuite explorées régulièrement par des équipes de neurobiologistes, sociologues dans le monde entier.

Il faut noter qu’à cette époque et pendant les décennies qui suivirent, les expériences furent conduites à quelques rares exceptions près, au niveau animal, principalement avec des rats voire des chimpanzés. Les indications qui permettaient de qualifier un environnement enrichi pour un rat ne laissant par conséquent peu de pistes voire aucun indice sur ce qu’il devrait être, si l’on envisageait une transposition à l’homme.

De nombreux recherches complémentaires furent conduites au cours des décennies qui suivirent afin d’explorer l’impact de cet enrichissement a un effet positif sur les transmissions synaptiques et la neurogénèse. Rarement transféré au niveau de l’humain, cet ensemble d’expériences permirent d’identifier les mécanismes par lesquels l’environnement pouvait avoir un impact sur l’expression des gènes dans le cortex cérébral.

Progressivement, au rythme des travaux conduits par différents laboratoires, se forge une compréhension nouvelle du lien étroit qui se tisse entre le cerveau et l’atmosphère, l’ambiance auquel il est soumis.

Les champs d’investigation s’élargissent. Après avoir été décrit aux Etats-Unis, l’environnement enrichi fait le tour du monde, soumettant des bataillons de souris et de rats à des protocoles variés et vérifiant combien son impact sur le comportement, la mémoire, la cognition, l’appétit, la dépression est significatif :

  • Une équipe de chinois démontre que l’hypo-perfusion cérébrale chronique risquant de provoquer des troubles cognitifs par une expression réduite de CREB phosphorylé, est compensée par un EE.
  • Puis des japonais confirment que l’EE permet de compenser les déficiences de mémoire de souris avec une mutation PACAP -/-
  • Ensuite des  indiens soulignent que l’EE permet de réduire le risque de syndrome dépressif chez des souris affectées par des troubles cognitifs et restaure la plasticité synaptique anormale de l’hippocampe.
  • Des israéliens de l’Université Ben Gourion démontrent que des souris exposées à un environnement enrichi ont montré un net progrès dans la guérison des lésions cérébrales. Utilisant le test de reconnaissance d’objets nouveaux et d’orientation à l’intérieur de labyrinthes, ils ont tenté de déterminer le niveau de fonctionnement mémoriel et cognitif des souris placées dans des cages standard par rapport à celles se trouvant dans des environnements enrichis – cages plus grandes contenant des stimuli supplémentaires, des roues pour courir, de la nourriture et de l’eau en quantité, un espace ouvert, et des objets à explorer régulièrement changés.

 

L’environnement enrichi et l’autisme

Sur la base des modèles d’environnement enrichi conçu pour des souris, Cynthia Woo a développé un programme d’études à l’Université de Californie à Irvine, pour envisager des alternatives possibles sur des enfants autistes. Une publication en 2015 a mis en valeur l’intérêt d’une telle approche :

L’environnement enrichi et la maladie d’Alzheimer

Cette notion a été essentiellement étudié sur des rats de laboratoires et des primates et ses mécanismes furent valorisées particulièrement en faveur de l’autisme.

Par la suite, dans les années 2000, N Berardi et L Maffei, mirent en évidence l’impact positif d’un environnement enrichi sur l’évolution de la maladie d’Alzheimer sur une population de rats – et en particulier l’évolution des troubles cognitifs.

Le jardin : un environnement enrichi ?

Le jardin bénéficiait comme on le décrivait tout à l’heure d’une image positive dont les vertus s’étalaient sur toute la palette des activités humaines. Il a été décliné dans toutes les cultures et civilisations sur l’horizon des rêves. Chaussant ses pieds dans les nuages, l’homme a avancé vers le jardin et l’a conçu à pas feutrés pour lui donner une dimension divine, religieuse, philosophique, politique, sociale, familiale, alimentaire, médicinale.

Assurément, le jardin est un espace idéal pour y projeter les vertus découvertes récemment par ces équipes de chercheurs du monde entier, de l’environnement enrichi. (EE).

Cette transposition vers le jardin s’appuyait sur la convergence vers un lieu culturellement perçu comme un espace bienveillant, de réflexions d’équipes pluridisciplinaires de professionnels de santé pour en envisager l’enrichissement.

Synthèse sur l'environnement enrichi

Ainsi, la mission thérapeutique du jardin n’était pas parfaitement établie. Les études cliniques que nous avons menées ont démontré que le jardin en lui-même ne suffisait pas à déployer le potentiel de soins attendu, et que pour devenir thérapeutique, il fallait l’enrichir en fonction des cibles et des pathologies prises en charge. Cette quête d’un enrichissement vertueux fut le point de départ des travaux de recherches en collaboration avec des équipes pluridisciplinaires de l’APHP et le Laboratoire d’Education et Pratiques en Santé (LEPS) de l’Université Paris 12.

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Alzheimer Research and Therapy

Un article publié en juin 2021, dans la revue Alzheimer Research and Therapy apporte une contribution intéressante aux connaissances.

Abstract

Background:

Dementia is a major issue worldwide, and considerable efforts were made to design therapeutic

mediation tools and evaluate their benefits on the health of patients.

Methods: Design:

Multi-center cluster-controlled pilot trial.

Settings and participants:

Four nursing homes that offered separated access to one conventional sensory garden (CSG) and one enriched garden (EG). The participants were residents with dementia, independent for walking and with no severe dementia or behavioural troubles. Eligible residents were divided into three groups according to the proximity of their room: close to the CSG or EG gardens for the first two groups and further from the gardens for the third (control) group.

Alzheimer Research and Therapy

Interventions:

We asked staff members to frequently invite residents to visit the EG or the CSG depending on their group allocation. No invitation to gardens was made to the control group. We installed 12 enrichment modules in the EG that stimulated cognitive, independence and walking/balance functions.

Measures:

Cognitive function (MMSE), independence for activities of daily living (ADL) and risk of falls (unipodal stance and timed up and go – (TUG)) were assessed at baseline and after 6 months.

Results:

The 120 participants were 81·0 ± 3·5 years old and comprised of 83 women. Their MMSE score was 17·5 ± 2·9. Patients’ characteristics were not significantly different between the three groups. Among the participants invited to visit the EG group, 6-month changes in MMSE showed improvement compared to other groups (+ 0·93 ± 0·65 vs −0·25 ± 0·71 and −0·24 ± 0·73 in the EG vs CSG and control groups, respectively, P < 0·0001). Changes in ADL, TUG and unipodal stance were significantly improved in the group visiting the EG as compared to other groups, which indicates better functioning.

Table : Changes from baseline in the Mini Mental Status Examination, the independence for activities of daily living (ADL), Unipodal stance and Timed up and go tests.

Tableau des variations avant après sur les 3 groupes

Conclusions:

EGs offer a new approach to therapeutic mediation for residents of nursing homes with dementia.

Keywords:

Enriched environment, Dementia, Alzheimer’s disease, Enriched garden, Cognitive function, Functional autonomy, Risk of falls, Conventional sensory garden, Nursing homes

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Jardin thérapeutique et biodiversité

Quelles sont les connaissances acquises sur le lien entre Jardin thérapeutique et biodiversité? Le rôle positif de la Nature sur l’Homme est considéré depuis toujours comme une évidence, surtout depuis que l’Homme a pris conscience de sa capacité à faire disparaître ou à dégrader la Nature.
Jardin thérapeutique et biodiversité

Une vidéo d’introduction sur le lien entre santé et biodiversité

Avec l’aide de Laetitia Marisa, chercheuse au CNRS et en formation professionnelle sur l’EcoPaysage et la Biodiversité, nous avons initié une exploration sur la nécessité d’approfondir notre approche et notre valorisation de la biodiversité dans un jardin thérapeutique.

Les théories de la  santé et biodiversité

La théorie de la Biophilie de Wilson

La théorie ou hypothèse de la Biophilie a été énoncée en 1984 par Edward O. Wilson, célèbre biologiste et entomologiste américain, à l’origine de la consécration du concept de Biodiversité. L’idée est que le vivant est instinctivement attiré par le vivant, qu’il existe « un penchant instinctif des humains à aimer et protéger la nature ». Ce lien étroit entre la nature et l’être humain serait un besoin lié à la survie datant de l’époque où l’homme et son environnement coexistaient étroitement avec une forte inter-dépendance. Cela expliquerait notamment notre besoin d ‘être entouré de fleurs, d’en planter dans son jardin – nos ancêtres ayant compris qu’elles se transformaient en fruits comestibles, ce qui renforce notre besoin de protéger cette biodiversité, de se ressourcer au milieu de la nature, voire de la rechercher lorsque l’on réside en milieu urbain.

Le paradoxe de l’Homme étant d’avoir continuellement recherché à s’affranchir de sa dépendance de la nature, tout en espérant  que celle-ci ne change jamais, tant il en appréciait les bienfaits.

Cette théorie a donné naissance au mouvement de conception biophilique en architecture qui vise à recréer le lien avec la nature à travers le bâti, pour y améliorer la santé et le bien-être, en intégrant des éléments qui vont directement et indirectement reconnecter les habitants et la nature. Les grands principes du design biophilique, repris dans un rapport de Terrapin Bright Green (Terrapin, 2014), peuvent être regroupés en 3 grandes catégories : (1) les principes de nature dans l’espace (comme un lien visuel avec la nature, Lien invisible avec la nature , Stimulations sensorielles non-rythmiques, variabilité thermique et renouvellement d’air, Présence de l’eau, Lumière dynamique et diffuse, Lien avec les systèmes naturels), (2) les principes d’analogies naturelles comme des formes et motifs biomorphiques ou la complexité et l’ordre, et (3) les principes de nature de l’espace (Perspective, Refuge, Mystère, Risque). Les liens visuels avec la nature, la perspective et le refuge étant les principes qui bénéficient de preuves contre-croisées irréfutables et dont le potentiel d’impact sur la santé et le bien-être est important.

Jardin thérapeutique et biodiversité: La théorie de Roger Ulrich et la réduction du stress

Roger Ulrich , professeur d’architecture en Suède, est l’un des premiers chercheurs à étudier et publier des preuves quantitatives des effets de l’accès à la nature dans les établissements de soin. Il publia en 1984, l’article « View though a Window May influence Recovery from Surgery » dans la revue Science. L’expérience consista à comparer des patients ayant subi une cholécystectomie (ablation de la vésicule biliaire), opération particulièrement douloureuse en phase post-opératoire, et de comparer les patients ayant vue depuis leur chambre sur des arbres à ceux ayant vue sur un mur de briques. Les paramètres mesurés étaient le nombre de jours d’hospitalisation, le nombre de prises et l’importance de la prise d’analgésique et de médications pour traiter l’anxiété et le jugement des infirmières sur la récupération du patient. Une réduction de près d’un jour du temps d’hospitalisation, moins de complications post-chirurgicales, une réduction des doses d’analgésiques et moins de jugements négatifs des infirmières quant à la récupération. En 1991, il étendit ces conclusions à la théorie de la réduction du stress selon laquelle la vue d’une scène contenant des éléments naturels comme de la végétation ou de l’eau, en suscitant des émotions positives et des sentiments tel que l’intérêt, l’agrément et le calme, aura un effet restaurateur spontané et rapide en diminuant la vigilance suite à une situation stressante (Sok, 2019).  Il a par ailleurs contribué à créer le terme et la certification EDAC ( ) qui reconnaît les connaissances dans ce domaine et le besoin des institutions médicales à prouver l’impact de leur pratique. De nombreuses études ont par la suite confirmé cette étude, dont, en ce qui concerne spécifiquement les jardins thérapeutiques, une de Sandra Whitehouse en 2001 qui démontra le bénéfice d’un jardin avec des arbres dans une structure hospitalière sur l’angoisse d’attente concernant un proche des visiteurs et auprès du personnel (Guéguen, 2012).

 La théorie de la restauration de l’attention de Kaplan et Kaplan

La théorie de la restauration de l’attention de Rachel et Stephan Kaplan 1989 explique pourquoi voir la nature améliore nos performances cognitives . Des périodes prolongées d’attention dirigée sans restauration amène à une fatigue mentale, voire physique. Une fatigue mentale prolongée peut résulter en une augmentation de l’irritabilité, de l’impatience, du non-contentement, voire de l’hostilité. Une partie de la restauration est possible via l’attention indirecte, involontaire, une forme d’attention qui ne demande pas d’effort. Visualiser des scènes et des paysages comportant des éléments naturels va capter notre attention involontaire, permettant à notre attention dirigée de se « reposer » et à nos capacités attentionnelles d’être « restaurées » (Sok, 2019).

Le syndrome de manque de nature

Il est nécessaire pour compléter revue, de citer la description , notamment celle faite par David Louv, du syndrome de manque de nature. Celui-ci rappelle qu’avant de décrire la nature comme un restaurateur de la santé, c’est son absence qui est à l’origine des problèmes physiques et mentaux qui peuvent être observés.

La biodiversité et son lien avec la santé

Le terme Biodiversité fut utilisé la première fois en 1980 par Thomas Lovejoy, biologiste américain spécialiste de l’Amazonie. Le terme fut repris en 1985 par Walter G. Rosen qui préparait le Forum de pour le National Research Council de 1986 et démocratisé par Roger O. Wilson, qui consacra le terme dans la littérature scientifique, notamment dans le compte-rendu de Forum de Biology de 1988. La biodiversité désigne la diversité de toutes les formes du vivant, à l’échelle de l’espèce par la diversité génétique, à l’échelle interspécifique avec la diversité spécifique et à l’échelle des écosystèmes, en terme de richesse et de fonctionnement. Quels liens existent-il entre santé et biodiversité ?

En terme de santé, la biodiversité peut être associée à 3 grands types de services écosystémiques (Morand, 2013; Morand, 2018; Lavarde 2013): un de production, d’approvisionnement, qui est la production de médicaments (remèdes naturels ou d’extraction de molécules actives), et deux de régulation, un effet de dilution des pathogènes et donc de la transmission des maladies et le second, qui nous intéressent plus dans ce mémoire, est l’effet positif sur le bien-être et la forme qui se rattache aussi à la catégorie des service à caractère social.

L’impact mesuré de la biodiversité sur le bien-être

Peu d’articles encore traitent de cette problématique. Une revue bibliographique de Lovell et al en 2014 (Lovell, 2014) rapporte 17 articles d’intérêt, publiés entre 2000 et 2012, étudiant spécifiquement le lien entre santé et biodiversité. Mais les approches sont très hétérogènes, avec des différences de définition de la biodiversité et de mesures de l’état de santé, rendant difficile la comparaison des résultats. Toutefois 9 sur 14 des études les plus robustes méthodologiquement mettent en évidence une ou des associations positives. Deux, dont une à large échelle, met en évidence un effet inverse. Des études plus robustes sont donc requises pour pouvoir mieux conclure sur la nature du lien et le réel bénéfice direct (Lesne, 2015).

Un de ces travaux est celui de Fuller et al en 2007 (Fuller, 2007) qui met en évidence un lien entre un bénéfice psychologique et la richesse en espèces de plantes, d’oiseaux et de papillons de l’espace considéré. L’étude montre qu’il existe une très bonne corrélation entre la perception des gens de la richesse en biodiversité et la richesse réelle mesurée.

Jardin thérapeutique et biodiversité: Quelles mesures prendre?

On peut émettre des hypothèses, en se fondant sur les concepts d’environnement enrichi de Hebb et de biophilie, que la biodiversité participerait à l’enrichissement et à la complexité du jardin, mais aussi à le rendre plus vivant, ce qui favoriserait la contemplation et l’observation de la vie sauvage, et par conséquent serait bénéfique pour le bien-être, la réduction du stress

Favoriser la biodiversité au jardin n’est donc pas délétère, serait même bénéficiaire, et si jamais cele n’apporte pas d’effet, cette démarche a le mérite de créer des continuités écologiques au sein des villes.

Les Labels Ecojardin

Comment favoriser la biodiversité de manière adaptée à un établissement de soin ? Les fiches techniques de biodiversité et bâti (Biodiversité et Bâti, 2016), les référentiels des labels Ecojardin (Ecojardin, 2018), le guide « Gérer les espaces verts en faveur de la biodiversité des Jardins » de Noé (Jardins de Noé, 2011), les critères de la qualification écologique de la mairie de Paris et divers articles disponibles sur des sites web spécialisé de référence (comme Rustica et écoconso) ont permis de compiler les recommandations en faveur de la biodiversité et adaptées au contexte du jardin.

D’autant plus dans un contexte de jardin thérapeutique, favoriser un type d’espèce ciblée, comme les mésanges bleues ou certains papillons, connus pour être retrouvés dans les alentours, est intéressant. Cela demande de connaître la biologie, l’écologie et la phénologie de l’espèce recherchée.

Concernant les zones naturelles, le guide « Biodiversité et bâti » sur les essences locales met en garde toutefois sur les prairies fleuries et le recours à des mélanges qui peuvent contenir des variétés ornementales d’espèces sauvages risquant d’occasionner des pollutions génétiques en se croisant avec des espèces sauvages et sont souvent attractives des abeilles domestiques et pas des autres pollinisateurs (Biodiversité et bâti, 2016)

Les leviers de la biodiversité

Il est important également d’avoir en tête, lors de la conception du jardin, les leviers de la biodiversité en ville qui sont d’éviter la fragmentation des habitats, la réduction des surfaces, les phénomènes d’îlot de chaleur urbain et la pollution

La biodiversité végétale est déjà un élément essentiel des jardins thérapeutiques mais la biodiversité faunistique n’est pas encore conscientisée et intégrée dans la composition et conception. Pour favoriser cette biodiversité, des plantes indigènes de la région considérée et des plantes intéressantes en tant que nourriture et/ou habitat de la faune ciblée doivent donc faire partie de la palette végétale proposée pour la composition d’un jardin thérapeutique. Pour les aspects sécuritaires, trop d’insectes peut peut-être faire peur aux usagers, les guêpes peuvent être source de piqure, donc sélectionner des espèces moins favorables à ces espèces et faire des aménagements un peu moins buissonnants pour les espèces nectarifères et mellifères seraient à envisager. Mais sinon il n’y a pas de contre-indication particulière dans la sélection des plantes.

Jardin thérapeutique et biodiversité: Travailler sur la palette végétale

Il ressort également de ces 12 mois de travaux intensifs autour de la valorisation de la biodiversité, qu’il convenait de relire la palette végétale classique du paysagiste, qui s’était construite jusque là , principalement avec une vocation ornementale, laquelle pouvait être contradictoire avec l’objectif de renforcement de la biodiversité. De plus les interrogations continues qui nous sont portées par la question du réchauffement climatique, nous obligent à interroger l’évolution vers des essences plus adaptées à des conditions climatiques encore difficiles à décrire

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Nouvelles de l’hortithérapie

Les activités de jardinage peuvent-elles motiver tout le monde?  On sert volontiers un discours enthousiaste autour de l’hortithérapie, suggérant que ses bénéfices sur la santé sont prouvés depuis longtemps. Les Nouvelles de l’horthérapie sont-elles utiles pour les résidents en EHPAD? Nous lisons de jour en jour des articles de presse félicitant l’initiative prise par un établissement de santé d’installer des jardinières surélevées permettant de pratiquer du jardinage. Certes, l’initiative est louable, et l’on conçoit que l’ergonomie offerte par cette jardinière à hauteur soit un premier pas pour faciliter la relation avec le végétal et la terre.

Pourtant, en parcourant  les moteurs de recherche de littérature scientifique (PubmedCochraneMedlinePlusEBSCO Academic search…) on ne trouve aucune Scoping Review faisant une synthèse de l’état des connaissances sur le sujet. Et nous n’avons pas non plus trouvé de rapport d’étude interventionnelle ayant valeur de preuve sur une évaluation de santé positive de l’hortithérapie.

Nouvelles de l’hortithérapie: Les pratiques courantes

En interrogeant les résidents en EHPAD, les animateurs et les professionnels de santé, sur les activités habituelles de l’hortithérapie, on parle de préparation de terre, de semis, de repiquage,  de tuteurage, de désherbage, de cueillette. En bref, l’essentiel des bonnes pratiques du jardin potager se retrouvent dans des séquences adaptées aux capacités des personnes atteintes à des stades plus ou moins avancées de la maladie d’Alzheimer.

Bien souvent les professionnels de santé qui s’y impliquent et accompagnent leurs résidents sont ceux qui disposent déjà d’une bonne expérience du jardinage, le pratiquant eux-mêmes dans leur jardin personnel.

Et l’on entend vanter les vertus du temps long qu’impose la nature pour dérouler son cycle depuis la semence mise en terre jusqu’au fruit que l’on récolte.

Il nous a semblé finalement que les pratiques de ls’inspiraient en premier lieu du « guide du bon jardinier » associant des connaissances en agronomie ou horticulture, des usages et coutumes traditionnels hérités des anciens dans un cadre particulier qu’est une jardinière d’une surface moyenne de 1 à 3 m2 –  avec des outils de jardinage à l’ergonomie parfois adaptée.

Mais tout cela dans une logique principalement centrée sur la production de fleurs, de légumes ou de fruits. Cette logique à l’origine évidente puisqu’elle est à l’origine des pratiques agricoles ne nécessitait-elle pas d’être ré-interrogée?

Y-a-t-il un devoir, une nécessité  ou une vertu d’engager des patients atteints de la maladie d’Alzheimer, dans un cycle souvent bien long (plusieurs mois) pour redécouvrir les pratiques du maraîchage ? Ces pratiques suivant leur parcours de vie, dont ils ont été peut-être constamment éloignés, ou qui pour d’autres furent leur quotidien.

Il nous a semblé indispensable de questionner ce paradigme – et quoiqu’il en soit de vérifier qu’il correspondait bien aux objectifs que nous recherchions dans un jardin enrichi à visée thérapeutique. Etait-ce aussi la bonne porte d’entrée pour faciliter l’appropriation du jardin par le résident?

Bien souvent lorsque nous questionnons la fréquentation spontanée de ces espaces d’hortithérapie, nous  découvrons sur un établissement de taille moyenne de 70 à 90 résidents, que c’est l’affaire de seulement 2 ou 3 personnes . Les autres n’y participant que dans le cadre d’animations.

Nouvelles de l’hortithérapie : la pratique d’un jardinage à visée thérapeutique

Plutôt que de recherche la mise en oeuvre de chacune des séquences de l’activité horticole depuis le semis jusqu’à la récolte, nos travaux nous ont conduit à revisiter chacune d’entre elles, et à les reconstruire autour de ce qu’elles étaient sans nécessairement les orienter vers une finalité de production.

Le semis :

Le semis s’articule principalement entre la manipulation de graines et la préparation de la terre. Que ce semis ait lieu en pleine terre, dans une jardinière ergonomique ou dans des plateaux de germination, il est l’occasion d’observer la différence entre les graines, leur forme, leur taille, leur odeur, leur goût, mais aussi de les reconnaître en les associant à la plante, aux fleurs, aux fruits… qu’elles produiront.

Reconnaître des graines par leur odeur ou par leur goût par exemple.

Il est préférable à ce titre de choisir des semences qui seront de taille suffisante pour en permettre une bonne prise en main, certaines trop fines ou trop petites ne permettront pas cela, d’autres comme les graines de cuccurbitacées, de haricots pourront donner l’occasion d’effectuer un tri.

Préparer des graines et les répartir pour suivre un plan de plantation, est aussi l’occasion d’exercer un repérage spatial entre un plan dessiné sur une feuille blanche et disposé à proximité et l’espace destiné à la culture.

Il se pourrait que l’activité autour des semences s’arrête là,  ou qu’après avoir procédé au semis, les jeunes plants qui lèveront seront mis en terre dans un espace potager sans engager une mobilisation des résidents dans le suivi de leur croissance. Il est possible aussi que ce suivi soit effectué de façon plus marginale, car le temps relativement long qui est nécessaire à la croissance des végétaux, ne soit pas compatible avec les capacités cognitives des résidents.

Jeunes plants :

Nouvelles de l'hortithérapie

Qu’ils aient été achetés en pépinière ou résultent d’une production de semis, la mise en terre de jeunes plants d’annuelles ou de vivaces sera l’occasion d’organiser une multitude d’activités; pour la programmation desquelles, il faudra tenir compte des dispositions et des préférences des participants.

Cela tout en respectant les bonnes pratiques du jardinage, pourra être l’occasion de collecter les expériences et les habitudes de chacun. Il convient d’éviter de créer un schisme entre les jardiniers expérimentés et les jardiniers débutants, pour rassembler plutôt que séparer.

Ces activités concernent notamment:

– préparation des jeunes plants

– préparation de la terre

– formation d’un plan de plantation

– l’amendement en compost

– choix des outils et de la date de plantation

– mise en terre

– le tuteurage

– la préparation d’étiquettes de repérage et leur implantation

– l’arrosage

– l’association entre différentes essences végétales

– le désherbage

– la reconnaissance végétale

– le paillage (décoratif)

Dans ces activités, il n’est pas nécessaire de se focaliser sur une cible particulière – troubles cognitifs, repérage spatial, troubles du comportement ou autonomie fonctionnelle. Il conviendra avant tout de valoriser une dimension ludique, de plaisir et de partage en organisant des ateliers de courte durée (en moyenne 30 mn)

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Concevoir l’EHPAD de demain

Il y a sans une urgence à définir et Concevoir l’EHPAD de demain. Celui-ci doit résoudre la dualité qui existe en permanence entre lieu de vie et lieu de soins;

Une politique du maintien à domicile

Le rapport de Pierre Laroque de 1962 a défini le maintien à domicile comme pilier de la politique du vieillissement. Ce choix politique a influencé le rôle que devait jouer les maisons de retraites devenues EHPAD

Depuis 1962, il n’est pas audacieux de dire que la société a profondément changé, que le profil démographique, sociologique, technologique… a été profondément bouleversé. Ce qui présidait hier au choix du maintien à domicile n’a cependant pas été remis en question.

Le travail des femmes, l’espérance de vie, la perte d’autonomie, l’évolution de l’habitat, les conditions climatiques et tant d’autres paramètres qui décrivent un horizon différent de la vieillesse. A cela s’ajoute le regard sur le vieillissement qui a profondément changé… la responsabilisation du citoyen vis à vis de santé, le refus de voir le vieillesse comme une fatalité. Toutes ces considérations conduisent à reconsidérer la vision que notre société porte sur le lieu de vie de la personne âgée.

Concevoir l’EHPAD de demain: la transition démographique et la prévalence de la dépendance

Plus de 700 000 français vivent aujourd’hui en EHPAD,  ce chiffre passerait à 1 millions à l’horizon 2050… mais est-ce dans l’EHPAD tel que nous le connaissons aujourd’hui que nous aimerions finir nos jours?  Effectivement les enquêtes menées auprès des français, mais aussi des européens, confirment ce désir de vieillir à domicile plutôt qu’en institution, qui est perçue comme le recours ultime, lorsqu’aucune autre solution n’est possible.

Les EHPAD d’aujourd’hui ont été conçus avec cette vision d’y offrir un lieu médicalisé où l’on accueillerait les personnes en perte d’autonomie, qui n’auraient d’autres alternatives au domicile.

Pourtant de nombreuses voix s’élèvent pour revendiquer à l’EHPAD d’être un lieu de vie où l’on soigne et non le contraire, que la liberté du résident doit être privilégiée à sa sécurité, des groupes de travail sont mis en place pour définir à l’EHPAD une nouvelle place dans la société. Eliminer les marqueurs hospitaliers, faire émerger l’EHPAD sur la place du village au coeur de l’espace urbain…

Concevoir l’EHPAD de demain : Une philosophie, une vision, une évolution nécessaire

Un arrêté des ministres chargés des personnes âgés a définit le 24 juin 2019, le cahier des charges du projet de vie sociale et partagée, faisant suite  à la loi ELAN du 23 novembre 2018, inscrivant l’habitat inclusif dans l’article L281-1 du code d’action sociale et des familles.

L’ensemble de ces initiatives devront trouver des prolongements concrets autant au niveau des travaux des architectes spécialisés, de la législation, des professionnels de santé.

Il s’agit évidemment de formuler une réponse qui soit à la hauteur des enjeux du projet. Et ces enjeux se déclinent sur de nombreux aspects liés à l’accueil de ces potentiels résidents ; élaborer une réponse structurée et structurante sur :

  • La philosophie présidant au développement du projet
  • Le profil des populations cibles concernées par ce projet
  • La combinaison entre l’offre de cadre de vie et l’offre médical
  • Le parcours de vie proposé au sein de ces établissements
  • Les moyens humains et les compétences requises
  • L’articulation entre ce projet et l’environnement de santé

Concevoir l'EHPAD de demain

Nos dix années de travaux de recherche et d’expérience sur la transformation des établissements médico-sociaux nous permettent de mettre en avant les principes guides suivants :

  • L’ouverture dans ses dimensions à et sur l’environnement, permettant à tout un chacun, quel que soit les difficultés rencontrées d’être citoyen à part entière et de pouvoir accéder à des relations sociales épanouissantes, dans une logique inclusive ;
  • La prise en compte de la culture et de l’identité locale, celle qui permet de se sentir appartenir à un territoire, par la recherche d’harmonie et de continuité avec l’environnement urbain sur les sites sélectionnés. Cela est important pour favoriser l’appropriation, la familiarité du site pour tous, habitants du site et de la ville.
  • L’inscription de l’établissement dans une logique domiciliaire, afin de recréer le sentiment de chez soi. Cela nécessite de penser un environnement familier et chaleureux, capable de promouvoir le libre choix et le maintien de l’autonomie tant fonctionnelle que décisionnelle des individus. Il s’agit alors de penser l’adaptation aux handicaps de manière intégrée, dans une logique de design universel, qui ne vienne pas stigmatiser les personnes dans les difficultés qu’elles rencontrent. Il s’agit de prendre comme modèle de référence celui de l’habitat et non de l’hôpital. Rompre avec la dimension sanitaire, penser préservation des capacités restantes avant de penser prise en charge de la dépendance est un changement de paradigme qui doit intégrer l’ensemble des dimensions de l’établissement : projet architectural, projet d’établissement, projet de vie.
  • La prise en compte des troubles cognitifs dans l’aménagement de l’espace pour faciliter le repérage naturel et intuitif, et sécuriser sans pour autant (en)fermer. Il s’agit notamment, en s’appuyant sur la littérature internationale, de miser sur une structuration claire de l’espace (du public à l’intime) permettant différentes stratégies d’appropriation ou encore sur la compréhension sensorielle où l’usage et le comportement attendus sont suggérés par l’aménagement de l’espace lui-même. La recherche de cohérence permet de limiter tout risque de dissonance cognitive, génératrice de troubles du comportement.
  • La valorisation d’une démarche d’environnement capacitant : il s’agit au-delà de l’esthétique ou de l’architecture générale des bâtiments, d’engager les adaptations susceptibles de permettre aux résidents de préserver, renforcer voire développer leurs possibilités d’actions, leur degré de contrôle sur leurs tâches et la manière dont ils les réalisent, c’est à dire leur autonomie.

O Ubi Campi qui a travers sa fenêtre ouverte sur le paysage qui enveloppe les EHPAD participe activement à travaux et réflexions et communiquera plus régulièrement sur cette préoccupation majeure.

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Jardin thérapeutique enrichi ou sensoriel

L’appellation d’un jardin implanté en milieu médico-social est source d’une grande diversité. Jardin de bien-être, jardin sensoriel ou jardin enrichi. Chacun de ces termes traduit une intention qu’il importe de préciser

La perception sensorielle est le mécanisme par lequel nous acquérons une perception immédiate de notre environnement. Nos sens nous livrent ainsi des informations directes par la combinaison de la vue, de l’ouïe, de l’odorat, du goût et du toucher. C’est ainsi que s’établit une connexion entre un environnement physique et les sensations qu’il produit. Aux 5 sens s’ajoutent, les perceptions indirectes de l’équilibre (vestibulaire), de l’espace et du temps.

Stimulation sensorielle et santé

Il est couramment admis que la stimulation sensorielle constituent des vecteurs thérapeutiques, ce qui a encouragé  le développement d’espaces multi-sensoriels tels que les « espaces Snoezelen ». Ce concept très largement répandu, n’est cependant pas fondé sur une démonstration scientifique solide.

Ainsi l’étude menée par Klages and al en 2011 au Canada, ne parvient pas à faire émerger un effet significatif de l’utilisation d’une salle Snoezelen, dans le cadre d’une étude randomisée contrôlée sur des patients atteints de la maladie d’Alzheimer.Le niveau de preuve associé et la qualité des études scorées sur la grille MMAT sont souvent assez bas.

L’ensemble des publications disponibles évaluant l’efficacité d’une salle multi-sensorielle convergent vers les mêmes conclusions : une stimulation sensorielle bien adaptée peut produire une sensation de bien-être sans pour autant démontrer une efficacité thérapeutique sur un patient atteint d’une pathologie chronique.

Ces observations corroborent les études initiées par D. Hebb sur l’environnement appauvri: le cadre général, l’architecture, l’environnement offerts aux résidents d’une institution telle qu’un EHPAD privent au quotidien le résident d’une stimulation sensorielle. La présence souvent trop prégnante des marqueurs hospitaliers peuvent suggérer la comparaison avec une vie dans un environnement appauvri.

Il est alors concevable de suggérer qu’une stimulation sensorielle, telle que celle que peut offrir un jardin sensoriel ou une salle Snoezelen, constitue non pas une thérapie mais un effort de restauration des conditions normales de vie.

Les études nombreuses de l’impact de l’environnement sensoriel construit (« built environment »)  permettent de confirmer cette conclusion et doivent encourager les architectes programmistes qui développent des projets d’EHPAD à restaurer dans les espaces une sensorialité constante

Jardin sensoriel

Inversement, il convient d’encourager la fréquentation d’un jardin, qui par essence porte cette dimension sensorielle. De plus, comme il a été observé, l’amplification de la stimulation sensorielle est recommandée pour permettre à des personnes souffrant de déficiences de perception, d’entrée en lien avec l’espace.

C’est cette perception sensorielle adaptée qui sans être thérapeutique favorisera l’appropriation du jardin par le patient.
Le jardin sensoriel ne porte sans doute pas de vertus thérapeutiques, mais il permet pour des résidents vivant dans un environnement souvent comparables à un environnement appauvri, du fait de la forte présence de marqueur hospitalier de restaurer des conditions normales et acceptables dont ils ont été privés.

Nos travaux de recherche 2020 prévoit notamment à travers des entretiens de focus group auprès de résidents et de soignants en EHPAD d’apprécier plus précisément les facteurs favorisant cette appropriation du jardin.

Cette amplification des stimulations sensorielles est décrite dans notre article sur le jardin sensoriel. Il convient dans la conception, la mise en oeuvre et l’entretien d’un jardin de veiller à préserver cette dimension afin de faciliter dans la durée l’appropriation du jardin par ses résidents.

Jardin thérapeutique enrichi

Ainsi donc le jardin thérapeutique enrichi qui est largement décrit et continuera de recueillir nos efforts d’études et de recherches, doit avant tout être un jardin sensoriel.

Cette dimension sensorielle du jardin est également un paramètre qui n’est pas constant, d’une part parce que la perception sensorielle n’est pas une variable constante qui possède une échelle de mesure continue, d’autant que cette perception est plus ou moins altérée suivant les sujets, mais d’autre part, l’environnement au rythme des jours et des saisons ne produira pas les mêmes sons, les mêmes couleurs …

C’est certainement cette différence de stimulation que procure un jardin qui constitue un facteur favorable pour l’appropriation du jardin par le résident. Que dire ainsi du plaisir de percevoir l’odeur de la pierre mouillée par la pluie, le parfum des glycines ou les lumières du soleil sur un massif de graminées qui ondulent dans le vent.

Ce sont l’ensemble de ces interactions volontaires ou subies qui permettront la connexion du résident avec le jardin, et faciliteront alors la participation aux éléments d’enrichissement du jardin.

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