Environnement enrichi & jardin enrichi

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L'environnement enrichi est une notion largement explorée par les scientifiques, avec une focalisation sur l'expérimentation sur des souris. Qu'en est-il de la transposition à l'homme et en particulier dans le jardin?

L'environnement enrichi

Le concept d’environnement enrichi a été développé à la suite des travaux de Donald Hebb neuropsychologue de l’université de McGill (Canada).

En 1946, D. Hebb démontre que des souris maintenues en cage dans un « environnement enrichi », ont une plus grande facilité à résoudre les problèmes qui leurs sont soumis que des souris dans une cage classique.

Ces travaux furent suivis de nombreux autres, pratiquement toujours sur des rongeurs. On citera en particulier :

  • 1964 (Diamond et al) : l’environnement enrichi favorise le développement du cortex cérébral
  • 2005 (Jankowsky et al) : des rats âgés porteurs de la maladie d’Alzheimer subissent moins de pertes cognitives dans un environnement enrichi
  • 2008 (Dhanushkodi A) : des rats ressentent moins la douleur suite à des lésions dans un environnement enrichi 

Inversement en 1951, D. Hebb, à la demande de la CIA, mène des recherches sur l'environnement appauvri, en recrutant des étudiants volontaires qui furent placés dans des espaces assimilables à des caissons inertes. L'exploitation de ces travaux furent un véritable "succès" et conduisirent à l'élaboration d'une technique de torture dont l'utilisation fut encore citée récemment à Guantanamo.

Si cette notion d'environnement appauvri peut effrayer, elle constitue un repère d'alerte sur les conditions d'hébergement qui sont offertes aux patients en milieu hospitalier, et aux résidents en EHPAD. N'a-t-on pas parfois trop amplifié les marqueurs hospitaliers, neutralisant ainsi les repères du quotidien.... de la vie ordinaire. Certes, il n'est pas question de nous replacer dans les conditions de vie du "chasseur-cueilleur", mais à trop aseptiser, le milieu de vie, on l'a parfois, sans le vouloir rapprocher d'un environnement appauvri. Et les "cures de nature" que l'on offre dans un jardin, lorsqu'il existe dans une institution médico-sociale, ne sont pas véritablement thérapeutiques, mais permettent de compenser à l'extérieur, ces privations de sensorialité et d'émotions que l'on a réduites presqu'à néant, à l'intérieur.

Il est donc essentiel avant de parler de jardins thérapeutiques, de concevoir les EHPAD et les établissements hospitaliers de demain, en leur offrant en priorité les qualités de lieu de vie où l'on apporte des soins et non l'inverse.

Le jardin enrichi

Les travaux de recherche que nos équipes ont conduits jusque là, nous ont donné des indications intéressantes, sur la médiation en santé qu'un jardin était susceptible d'apporter. Et la suggestion faite plus haut, tend à confirmer qu'un jardin conçu avec goût, est un espace capable de compenser les privations de nature, que le milieu hospitalier malheureusement procure.

C'est aussi en s'inspirant des travaux sur l'environnement enrichi, que nous avons été amenés à concevoir la notion de jardin enrichi. Il ne s'agit pas d'aller au-delà dans la transposition de travaux menés sur des populations de souris. Le jardin enrichi, ne doit pas devenir un espace artificiel, un peu dans la mode de ces espaces Snoezelen, où la nature est totalement absente. 

Bien au contraire, le jardin enrichi idéal, est un lieu où la présence de la nature doit être foisonnante et visible. C'est alors semble-t-il, en fonction de la qualité et de la pertinence de son enrichissement que le jardin deviendra thérapeutique. C'est précisément sur la qualité, la dimension intuitive, la pertinence de cet enrichissement que nous concentrons nos efforts - orientant ainsi le jardin dans sa mission de médiation thérapeutique en fonction de sa richesse.